Goût et cuisine : les strozzapreti

Les strozzapreti sont sans doute la pâte qui décrit le mieux la Romagne : simple, authentique, faite à la main et pleine de caractère. Une pâte modeste, d’origine paysanne. Pas d’œufs, seulement de l’eau, de la farine et une pincée de sel. Et pourtant, de ces quelques ingrédients naît un plat qui évoque la maison et la fête, les dimanches en famille et les tables dressées au bord de la mer, où le parfum de la sauce se mêle à la brise marine. À Cesenatico, comme sur toute la côte, les strozzapreti ne sont pas seulement un plat traditionnel : ils sont un symbole d’identité, un pont entre la terre et l’Adriatique.

Aucun prêtre n’a été maltraité

Leur nom curieux, « strozzapreti », a donné naissance à de nombreuses légendes. La plus répandue raconte que les femmes de Romagne, en préparant ces pâtes pour les moines à l’époque de la pauvreté, supportaient mal la gourmandise du clergé et souhaitaient ironiquement qu’ils s’« étranglent » en les mangeant. Une autre version, plus bienveillante, dit que le nom vient de la façon dont la pâte est roulée et « étranglée » entre les doigts. Quelle qu’en soit l’origine, il reste le charme d’un nom qui fait sourire et qui renferme tout l’esprit ironique et passionné de cette terre.

Comment prépare-t-on les strozzapreti?

La préparation, encore aujourd'hui, suit des gestes anciens. On étale la pâte fine, on la coupe en bandes puis, d’un geste simple mais habile, on enroule la pâte entre les mains, obtenant ces cordons irréguliers qui la rendent unique. Chaque famille a sa variante : plus épaisse à Forlì, plus tendre et fine sur la côte. À Cesenatico, les strozzapreti sont souvent préparés avec du poisson, une association qui raconte la double âme de la ville, suspendue entre mer et campagne.

Parmi les plats les plus appréciés figurent les strozzapreti aux squilles, accompagnés d’un assaisonnement parfumé à la tomate, à l’ail et au vin blanc, ou ceux au jus de palourdes et de moules, à savourer dans les petites trattorias près du port-canal. Les versions terrestres ne manquent pas, comme les strozzapreti au ragù de saucisse ou aux légumes du potager, parfaits exemples d’une cuisine paysanne et généreuse. En été, il est facile de retrouver ce plat lors des fêtes de village et des foires locales, servi sur de grandes tables conviviales où le vin blanc du terroir accompagne conversations et rires.

Mais les strozzapreti ne sont pas seulement un plat traditionnel : ils représentent un mood, une façon d’être et d’aborder le quotidien avec légèreté. Assis devant une assiette fumante de strozzapreti, peut-être dans une petite osteria donnant sur le canal, ou au bord de la mer, on comprend vraiment ce que signifie « manger à la romagnole ». C’est un geste simple, mais plein de cœur, qui résume des siècles d’histoire et de sourires. Parce qu’en Romagne, la nourriture ne se sert pas : elle se partage. Et les strozzapreti, plus que tout autre plat, en sont la preuve la plus sincère.